Contexte général

Si les hivers deviennent célèbres pour leurs taux record de particules fines dans l’air, les étés eux ne sont pas en reste avec des concentrations alarmantes d’ozone. Les médias en parlent de temps en temps en y consacrant un article ici et là… et puis on oublie tous très vite ces « faits divers » récurrents. Les habitants peuvent enfin retrouver bonne conscience en se déplaçant quotidiennement avec leurs véhicules crachant des particules fines. Si on ne parle plus de pollution dans la presse, c’est qu’il y en a pas, n’est-ce pas ? Et peut-être l’année prochaine, comme chaque année à la même période, une nouvelle alerte à la pollution sera lancée, cette fois-ci pour avoir dépassé le quintuple des limites journalières. Les politiciens en parleront au Conseil d’Etat, les journaux en feront leur couverture, certaines personnes seront choquées.

Une grande majorité de la population et des autorités ne semble pas inquiétée par la gravité d’un tel phénomène. Pire encore, le statut quasi-divin dont jouit la voiture l’innocente des déchets qu’elle crache : on n’hésite pas alors à dire que d’autres sources de pollution sont bien plus graves et préoccupantes.

Mais comment ne pas prendre peur face à l’augmentation massive du nombre de voitures dans les rues, devant la pullulation des scooters et motos qui rejettent jusqu’à quinze fois plus de particules fines qu’une voiture de type berline, ou devant cette mode ridicule de rouler en 4x4 et ainsi de polluer plus « par effet de mode » ?

Peut-être faudra-t-il attendre qu’on dépasse cent fois par an le seuil limite de pollution (déjà dépassé actuellement environ vingt fois dans les grandes villes de Suisse) pour que des mesures sérieuses soient prises.

En attendant, les premières victimes sont les cyclistes, les piétons, les joggers et tous ceux qui se déplacent de manière « douce ». En période de pics de pollution, l’Etat de Genève recommande de diminuer les activités à l’extérieur, surtout pour les personnes à risque et pour les enfants. Le vélo, le jogging, la marche rapide sont déconseillés. Ces gens devraient peut-être prendre leur voiture pour éviter la pollution ?!? Est-ce normal que les personnes se déplaçant de manière « propre » doivent non seulement subir quotidiennement la pollution produite par les autres, mais en plus rester chez eux ou éviter tout exercice à l’extérieur lors de pics de pollution créés par lesdits conducteurs ? Ne serait-ce pas plutôt logique d’interdire pendant quelques jours la circulation aux véhicules polluant (ou d’imposer une circulation alternée) pour retomber en dessous des normes journalières ?

Mais non ! Il est tellement plus facile de continuer dans les mêmes absurdités, surtout sans rien changer, surtout sans se poser de questions, et de déconseiller aux piétons et cyclistes de sortir pendant la journée.

On agit exactement comme si rien ne peut être fait et on attend… on attend. En continuant sur cette belle lancée, on déconseillera probablement plus de 300 jours par an aux cyclistes, aux piétons et autres habitants des villes de passer du temps à l’extérieur, et ce pour leur santé. Personne ne semble être surpris par la transformation progressive de nos villes en grands champs de guerre à l’air dangereusement respirable.

Et c’est dans cette grande nuée chargée de particules fines que Genève s’apprête à célébrer son 79e salon de l’auto : de nombreux fidèles viendront des quatre coins de la Suisse et de l’étranger dans leur carrosse, crachant CO2 et autres particules, pour se prosterner devant le Dieu-voiture, pour en vanter son sublime et son omnipotence.

Après 78 éditions d’une même farce aux illusions, on en est là : le Dieu-voiture a galvanisé de nouveaux adorateurs, les lobbies auto sont là pour convertir toujours plus (et à tout prix) de « laïcs du motorisé ». Et surtout qu’on ne parle pas de ces hérésies de réchauffement planétaire, de problèmes environnementaux ou de pollution !!! Les savants fous de Shell, du TCS, de TOTAL et autres « bienfaiteurs » sont là pour démontrer qu’il ne s’agit là que de légendes inventées par les sectes environnementales afin de fragiliser le Dieu-voiture.

Le 79e salon de l’auto connaîtra certainement, comme chaque année, de nouveaux records : celui du nombre de visiteurs, celui du nombre de 4x4 vendus, celui du plus gros chiffre d’affaire engendré.

Parallèlement, la rue connaît quotidiennement de nouveaux records : pollution, particules fines, quantité de véhicules dans les rues, nombre de 4x4 en ville, accidents mortels de la route, réchauffement planétaire et j’en passe.

Les problèmes de pollution ne sont en effet que la pointe visible de l’iceberg ! Occupation massive de l’espace urbain pour des véhicules stationnés (et donc inutiles) 98% du temps, bouchons qui congestionnent les villes, bruit omniprésent rendant certains quartiers invivables… sans parler de la sédentarisation d’une population qui ne fait plus d’exercice physique et qui connaît de nouveaux maux et maladies causés par la sédentarité de l’automobiliste.

Merci donc au salon de l’auto, aux lobbies automobiles et autres dogmatiques de faire preuve de toutes ces débauches d’énergies afin de conserver l’innocence, la virginité et la pureté du Dieu-voiture, un Dieu juste, bon et à portée de tout le monde.

Pourquoi L’Autre Salon, genèse d’un projet

Affiche l'Autre Salon

Lassés de voir, année après année, le Salon de l’auto prendre le devant de la scène médiatique pendant une partie de l’hiver, un collectif de citoyens de différents milieux s’est créé dans l’idée non seulement de mettre en avant les travers d’une industrie automobile rarement abordés, mais surtout afin de promouvoir les formes de mobilités douces et actives.

Si l’Autre Salon n’a pas, pour l’instant du moins, la prétention de se présenter comme un véritable salon de la mobilité douce, il fonctionne à la fois comme un lieu d’échange et de discussion et comme une structure qui permet la mise en place de projets liés à l’ «autre mobilité», douce et active.

Loin de vouloir rayer de la surface de la planète la voiture, le scooter et la moto, nous désirons rendre la population attentive sur l’importance d’une utilisation raisonnée et raisonnable des véhicules personnels motorisés et, pourquoi pas, trouver des solutions pour que les villes redeviennent des lieux de vie agréables où l’on peut passer du temps dans les rues sans avoir peur de se faire écraser ou de rentrer chez soi avec une bronchite.

Projet pilote cette année, l’Autre Salon entend poursuivre ses activités les prochaines années, en diversifiant son programme, en élargissant son cercle de collaborations et en promouvant d’avantage de projets en lien avec la mobilité durable.